GOAT BATTLE : quand l'IA écrit, compose et chante
Napoléon contre Einstein, en battle de rap, avec la musique. Pour savoir ce que l'IA sait vraiment faire, je lui ai confié un jeu entier. Ce qu'elle écrit, ce qu'elle compose, et tout ce qu'il a fallu décider à sa place.
On me demande souvent ce que l'IA sait faire « pour de vrai ». La meilleure façon de répondre, c'était de la mettre au travail sur un projet à moi, sans client à ménager et sans filet. Ce projet s'appelle GOAT BATTLE : deux légendes s'affrontent en battle de rap, Cléopâtre contre Voltaire, Napoléon contre Einstein, et le public vote pour désigner le meilleur. GOAT, en argot, c'est the greatest of all time.
C'est un jeu. Mais on y retrouve, à petite échelle, toutes les questions qu'une entreprise se pose quand elle confie un travail à l'IA.
Ce que l'IA fait dans le jeu
Elle écrit les couplets. Le joueur choisit deux combattants dans une liste. Chacun arrive avec son style et sa faiblesse : l'un est sentencieux, l'autre a perdu une bataille célèbre. Un modèle de langage, Claude, écrit alors six couplets en face-à-face et la phrase qui ouvre le combat. La consigne tient en quelques lignes : insolent, malin, ciselé, jamais vulgaire ni haineux, et surtout aucun vainqueur désigné. C'est au public de trancher.
Elle compose la musique. Les paroles partent ensuite vers Lyria, le modèle de musique de Google, qui en fait un morceau chanté. Il a fallu une étape de plus : un modèle de musique ne fait pas chanter de personnes réelles. Avant de lui confier les paroles, une seconde passe les réécrit sans aucun nom propre. Napoléon et Einstein deviennent MC Alpha et MC Bêta, le reste du texte ne bouge pas.
Elle décrit les voix. Pour que chaque combattant ait sa voix, l'IA en écrit une description courte, avec des mots choisis dans un lexique que je lui impose. Le modèle de musique s'en sert pour donner à chacun son timbre.
Elle a dessiné les portraits. Chaque combattant a son portrait au micro, généré une fois pour toutes par un modèle d'images.
Et une bonne partie du code lui-même a été écrite avec un assistant IA. Je le dis volontiers : c'est devenu ma façon de travailler, à condition de relire chaque ligne qui part en ligne.
Ce qu'elle fait bien
Le pastiche, d'abord. Donner à Voltaire une rime qui pique ou faire répondre Cléopâtre avec la morgue qu'on lui prête, l'IA le fait avec un aplomb qui fait rire. La forme ensuite : six couplets, un rythme tenu, une chute. Et la vitesse : un combat écrit et mis en musique en quelques minutes, là où il faudrait des jours à la main.
Ce qu'il a fallu décider à sa place
C'est la partie qu'on ne voit pas, et c'est elle qui fait le jeu.
Qui monte sur le ring. La liste des combattants, je l'ai écrite et je la tiens. Elle compte aujourd'hui des figures de l'histoire, des arts et des sciences. Une trentaine de personnages de dessins animés et de jeux vidéo ont été mis de côté : ils ont des ayants droit, et ce n'est pas à un jeu de les faire chanter sans eux. L'IA n'a jamais posé la question. C'est une décision.
Les garde-fous. « Jamais vulgaire ni haineux » ne se devine pas, il s'écrit. Les noms retirés avant la musique, le nombre de combats qu'une même adresse peut lancer en dix minutes, ce qu'un joueur peut taper et ce qui n'arrive jamais jusqu'au modèle : chaque règle est une ligne de code que j'ai voulue.
Le coût. Chaque morceau généré se paie. La musique est donc ce qui coûte, et c'est elle qu'on protège : par des limites, et par un paiement quand on en veut plusieurs.
La tenue dans le temps. Les modèles changent, les tarifs aussi, un jour une réponse arrive vide. Quelqu'un doit le voir, comprendre et réparer. Un jeu en ligne se tient comme n'importe quel logiciel.
Ce que ça dit pour une entreprise
Remplacez « battle de rap » par « fiche produit », « compte rendu de chantier » ou « programme d'un festival », et vous retrouvez les mêmes questions. Ce que l'IA écrit, et dans quel ton. Ce qu'on lui interdit. Qui relit. Ce que ça coûte à chaque fois. Qui le tient quand ça casse.
C'est aussi pour ça que je cite ce jeu à côté de mon travail pour les PME : une association, un musée, un festival ou un artiste du Périgord a souvent besoin de produire du texte, de l'image ou du son, sans perdre la main sur ce qui sort. La méthode est la même que pour une entreprise de dix personnes : l'IA là où elle sert, des règles écrites, et quelqu'un qui en répond.
Si vous voulez savoir ce que l'IA peut faire chez vous, et ce qu'il ne faut surtout pas lui confier, c'est le sujet de l'IA appliquée. Le premier échange de trente minutes est offert.
— Damien